180 des perles autour du cou
au poids en kg divisé para la taille en mètres au carré. Un IMC inférieur à 17,5 kg par mètre au carré est
un signal d’alarme.
L’anorexie peut être décrite à travers sa symptomatologie : le refus de se nourrir, l’hyperactivité,
l’insomnie, la présence de troubles obsessionnels et compulsifs (TOC), l’anxiété, la phobie sociale, la
dépression et/ou des tendances suicidaires.
« Anorexie » veut étymologiquement dire : « non appétit », soit la perte d’appétit.
Erreur.
L’anorexique peut éventuellement ne plus avoir faim et ne plus ressentir la faim du tout. Après des
mois de jeûne, une modification interne des neurotransmetteurs diminuera effectivement la sensation
de satiété. Cependant la réalité est autre : au départ, l’anorexique lutte CONTRE ses appétits, tous ses
appétits. L’appétit envers les aliments n’est que la synecdoque d’un ensemble plus vaste de désirs et ces
désirs doivent être annihilés au prix de la vie.
Chaque anorexique devrait écrire son histoire car chaque anorexie est particulière et possède sa propre
idiosyncrasie.
J’avais 12 ans et je cessai de me nourrir.
Je n’avais pourtant aucun besoin de maigrir et vivant dans un pensionnat catholique traditionnel pour
filles, le besoin de plaire n’était pas primordial ! En toute honnêteté et avec du recul, il m’apparaît
que les repas servis au pensionnat ne me plaisaient pas du tout, que la nourriture était exécrable et
que, petit à petit, je me suis rabattue sur le petit-déjeuner exclusivement : deux tartines de pain blanc
beurrées, trempées dans une tasse de café au lait, avec en sandwich des biscuits « spéculoos »… Et rien
de plus ou presque pour la journée. L’appétit diminua, les goûts s’estompèrent, les papilles gustatives
s’atrophièrent, la nourriture devint la moindre de mes priorités… J’en oubliai de manger. Cela est arrivé
plusieurs fois, alors que je n’oubliais ni de respirer, ni de dormir, ni de me laver, ni de communiquer
avec autrui…
Cette attitude de reléguer « le manger » à une activité sans importance s’est ancrée précisément à 12
ans. La nourriture n’existait plus à ce stade : hors du champ visuel, hors du champ olfactif, étrangère
au champ sensoriel et gustatif… exit de la vie. Je ne me souviens pas avoir été malheureuse, bien au
contraire, j’étais très bonne élève, j’avais beaucoup d’amies et je faisais partie d’une équipe de natation
compétitive.
Et pourtant, mon corps devint maigre, petit. Mes seins ne se développaient pas alors que mes amies
flamandes étaient pleines, belles et bourgeonnantes. Dans ce groupe d’adolescentes en fleur, je faisais
figure de mendiante chétive. Et j’en devins vite consciente.
Alors pourquoi ne pas manger? Je fis le contraire. Pourquoi ? Et de quoi me nourrissais-je puisque
je dépensais des calories? Si la nourriture ne m’apportait rien, qu’est-ce qui m’apportait du plaisir ?
Qu’est-ce qui me donnait « faim »?
Je repris du poil de la bête et à 16 ans, aucune trace de cette préadolescente affamée ne subsistait.
À 20 ans cependant, je ne pesais que 49 kg, pour 1 m 73. Ce n’était pas dramatique, mais ce n’était pas
« féminin » à voir. Plate, sans formes, les épaules pointues et décharnées, les jambes squelettiques,
le visage déjà ridé et les joues creuses. J’étais mariée, nous vivions en Afrique, nous étions toujours
entourés d’amis, notre vie était pleine d’aventures et de péripéties que tous nous enviaient et je n’avais
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