des perles autour du cou 227
t’en souviens maintenant ? Eh bien, comme je te disais, il a suffit de quelques conversations arrosées
de whisky écossais pour que les parents et les futurs beaux-parents de ma bien-aimée organisent une
noce de conte de fée. Le Joaquín lui demanda pardon en pleurant, il la couvrit de cadeaux emballés
de belles promesses et tout fut oublié, même si cela arriva. Je l’ai su longtemps après et j’ai compris,
mais à ce moment-là, c’était moi, son bien-aimé, encore que, en cachette, bien sûr, alors tu imagines
ma fureur et mon désarroi. Car il se fait qu’avant cette putain de soirée, Magdalena et moi pensions
nous enfuir. C’était la seule possibilité. Nous nous en étions rendu compte un après-midi, bien avant
que n’apparaisse Joaquín, l’après-midi Magdalena prit son courage à deux mains et confessa à sa
mère qu’elle m’aimait. À peine eut-elle entendu mon nom, que Doña Eulogia s’effondra comme une
marionnette, avec tellement peu de chance qu’elle tomba en plein sur le cactus du salon. Elle passa du
soupir de l’évanouissement aux cris d’horreur.
« Couches-toi ici, maman, et ne bouge pas les mains, tu te ferais encore plus mal », lui ordonna
Magdalena tout en marquant le numéro du docteur Retana qu’elle implora de venir d’urgence chez les
Iturrazpe. Elle eut à peine raccroché qu’elle appela le bureau de son père et, comme il n’était pas là, elle
laissa le même message à sa secrétaire. Magdalena terminait de débarrasser sa mère des épines les plus
visibles avec une pince à épiler quand on sonna à la porte. Avec sa moumoute cuivrée plantée jusqu’aux
oreilles, le Dr Retana fit son apparition suivi de Don Iturrazpe, trempé de sueur et la chemise au vent.
Le docteur Retana fit ce qu’il avait à faire et s’en alla. Au bout d’un moment, sous l’effet du calmant,
Doña Eulogia tomba dans un profond sommeil. Don Iturrazpe ordonna à Clemencia, la servante, de
monter la garde près du fauteuil, entraîna Magdalena dans son bureau et lui dit tout bas :
Peux-tu maintenant m’expliquer ce qui est arrivé à ta mère ?
Rien, je lui ai simplement dit que j’étais tombée amoureuse et elle est tombée dans les pommes.
Que tu étais tombée amoureuse ? Et de qui ? Si ton père peut le savoir.
Du Curro, papa, je suis amoureuse du Curro, affirma une nouvelle fois Magdalena.
Mon nom ne plut pas non plus à Don Iturrazpe mais, au lieu de s’évanouir, il prit son élan et balança à
ma bien-aimée une torgnole qui lui coupa le souffle. Il la traita de dévergondée et l’avertit : « S’il n’en
tenait qu’à moi, aujourd’hui même, je te flanquerais à la porte. Dis merci que je n’ai pas envie de faire
plus de peine à ta pauvre mère. »
Mais quelles peines ? Bon, ça, il ne l’expliqua pas, Peña, mais moi, je le fais. La « chose » de Don
Iturrazpe ne fonctionnait plus bien depuis des années. Doña Clemencia était arrivée un matin au
marché avec son sac à provision et cette histoire, Serafin le jardinier, la lui avait racontée. Comment il
l’avait su le Serafin ? Aie, Peña, quelles questions tu poses. Eh bien parce que le Serafin, à part couper
l’herbe et soigner les rosiers, s’occupait de certaines autres choses pour Doña Eulogia. En attendant,
Don Iturrazpe allait revendiquer sa virilité au couvent. Oui, au couvent. Et il était assez extravagant,
l’homme, parce qu’à la Vicky, par exemple, il lui demandait de lui bander les yeux et de lui ôter tous ses
vêtements l’un après l’autre et une fois tout nu, de lui donner des coups de fouet en commençant par
les chevilles et en remontant jusqu’aux mamelons. Et oui, comme ça, il y parvenait !
Mais revenons au bureau de ce bon monsieur. Après les menaces, il se mit à la sermonner et il termina
sur la sentence : « Je te jure, Magdalena, que si j’apprends que tu as croisé ne fut-ce qu’un regard avec
le Curro, tu peux oublier que tu as eu des parents. Après tous les efforts que nous avons faits ta mère
et moi pour te donner une bonne éducation, il ne manquerait plus que ça que tu ailles ruiner notre
réputation et la tienne dans les bras de ce pauvre diable avec des airs de poète, de père inconnu et mère
cuisinière et voleuse. » Oui, voleuse, il a dit, à cause des commérages de Doña Clemencia. Je t’explique
tout de suite, laisse-moi terminer. « Quelle perspective ! Quelle honte ! », cria le vieux et il conclut :
« Une Iturrazpe ne se marie pas avec n’importe qui. » Non, pas avec n’importe qui, pensais-je, avec le
Previous Page Next Page