64 des perles autour du cou
Mya Mya se réveille.
Une fois de plus, le chant de son coq “ao eee oh” a interrompu ses rêves. Elle était sur le point
d’embrasser Htay Khin, pour la première fois, là-bas sur les rives du Ayarwaddy, au soleil couchant.
Des frissons parcouraient sa colonne vertébrale et la peau de ses bras frémissait. Son cœur battait la
chamade. Elle pouvait sentir le mariage mystérieux de l’excitation et du temps suspendu quand il lui
caressait le visage et les lèvres de ses mains jeunes et fortes, s’approchant d’elle lentement…
Mais maintenant il était mort.
Il est cinq heures du matin. À ses côtés, Aung Aung son fils aîné et sa petite fille Win Win dorment
encore. Leurs petits visages tranquilles et innocents la font sourire… Innocents et vulnérables,
complètement dépendants d’elle. Elle ne sait pas ce que l’avenir lui réserve. Que se passerait-il si elle
ou si l’un des enfants tombait malade ? Elle s’en sort pourtant assez bien, mais il ne reste jamais assez
d’argent à mettre de côté en cas d’urgence. Elle veut que ses enfants aillent à l’école et qu’ils profitent
d’une vie plus facile ; elle veut qu’ils puissent choisir la vie qu’ils désirent. Mais comment cela sera-t-il
possible, personne ne le sait. Tout ce qu’elle peut leur offrir aujourd’hui, c’est une éducation. Peu de
ses amis envoient leurs enfants à l’école pour plus de trois ans, le temps d’apprendre à lire, à écrire et à
compter. La plupart des familles ont besoin des enfants pour aider dans les champs, pour participer aux
corvées de la maison ; d’autres ne peuvent tout simplement pas payer les frais de scolarité. Mais Mya
Mya a eu de la chance jusqu’ici : son petit commerce de restauration de PaeByote (les petits déjeuners
de fèves cuites à la vapeur) et, l’après-midi, son atelier de couture de Longyi (les sarongs traditionnels
que portent les hommes et les femmes) vont bien. Beaucoup de gens du village aiment sa recette de
PaeByote et déjeunent chez elle tous les matins.
Les champs baignés de brume sont si paisibles, elle se sent presque enlacée et protégée. Elle va dans
son jardin, cueille quelques branches de jasmin en fleur et prend une bassine d’eau claire. Dans le
petit sanctuaire de sa maison, elle vide cinq petits bols d’eau, les remplit d’eau fraîche et après avoir
lavé les petits récipients, elle les garnit du jasmin qu’elle vient de couper. Elle s’agenouille devant le
grand Bouddha en céramique et récite ses prières quotidiennes. Une paix intérieure et une quiétude
envahissent lentement son âme, lui rappelant que la vraie richesse ne réside pas dans les possessions,
mais dans l’acquisition de la liberté de l’esprit. Abandonner la peur, s’oublier et oublier son ego ; elle
Lui fait confiance, Lui qui la prend en charge, elle et ses enfants.
De retour dans la cour, Mya Mya doit se préparer pour la journée. Elle doit cuire à la vapeur les fèves
qu’elle a mises toute la nuit à tremper dans de l’eau assaisonnée d’ingrédients secrets. Elle allume le
feu de bois. Les enfants vont bientôt se réveiller et elle veut être prête avant qu’ils n’arrivent. Elle
accommode un peu de Htamin Gyan (restant de riz) et du Nga Pi Bote (de la pâte de poisson fumé)
pour le petit déjeuner en versant une cuillère d’huile d’arachide sur le plat préparé. Cela fait un petit
déjeuner sain et peu onéreux, et elle sait que ses enfants aiment ce mets.
Aung Aung sort de la cabane ; elle remarque les traits fatigués sur le visage de son fils âgé de 7 ans. Il
ressemble à son père, il est fort, et il a les mêmes yeux séducteurs. Il appelle sa petite sœur de 6 ans,
Win Win, et la réveille. « Allez vous laver la figure, brossez-vous les dents et préparez-vous pour le
petit déjeuner ! », dit Mya Mya d’une voix forte. Aung Aung se rend dans la cour et se lave près de la
grande vasque en céramique avec du savon et le mélange de sel et de charbon de bois qui sert de pâte
dentifrice. Après le petit déjeuner, Aung Aung va chercher deux seaux qu’il place en équilibre sur
une tige de bambou posée sur ses épaules et va puiser l’eau du jour à la rivière Ayarwaddy située à 800
mètres à l’ouest tandis que Win Win aide sa maman à laver et rincer les fèves. Les enfants l’aident tous
les matins, heureusement. C’est la fin de la saison des pluies et la rivière est encore haute ; dans quelques
mois, ce sera plus difficile, mais elle vit si près de la rivière qu’elle n’a jamais à se soucier de l’eau. Elle
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